dimanche 27 février 2011

Hors service Sloja Krapu


Même les femmes parfaites, comme Eva Lena, le personnage principal de ce roman, font des erreurs. Il en naît parfois des romans comme ici avec l'histoire de la mésaventure survenue à Eva Lena qui se retrouve enfermé le temps d'un week end dans le local à photocopies du collège où elle enseigne en Suède. Le temps de cette claustration involontaire, elle prendra conscience de l'enfermement sa vie de quadra parfaite, entre excellence professionnelle, enfant modèle, ado rebelles et mari « l'esprit ailleurs ».

Le roman emprunte une construction alternant les récits : celui de l'héroine enfermée, de sa vie d'avant (notamment de sa rencontre avec une amie d'enfance qui est son anti thèse) mais aussi de son mari. C'est très ancré dans le quotidien, avec des personnages qui ont une vraie profondeur psychologique, notamment Eva Lena. Son amie Aurora paraît un peu plus forcée : la fille toujours heureuse de la vie, qui continue d'y croire même si son grand amour est mort. Tandis que bien sûr Eva Lena ne sait pas se contenter de ce qu'elle a... On frôle par moments la caricature. « Elle dit qu'elle a besoin des gens. Elle dit qu'elle a besoin de ses enfants. Qu'elle a besoin de proximité. Moi je dis toujours que ce sont les autres qui ont besoin de moi. Que rien ne pourrait fonctionner si Je ne m'occupais pas de tout »

C'est souvent drôle, l'héroïne, comme toutes les personnes perfectionnistes a quelque chose de ridicule. D'ailleurs ce roman évoque les meilleurs comédies, mais aussi les séries télévisées ancrées dans la description de la vie quotidienne. C'est le ras le bol de la quadragénaire qui découvre qu'elle est en train de passer à côté de sa vie, qu'il ne suffit pas d'avoir une maison parfaitement décorée, une allée sans herbes et ne pas manger de crème fraîche pour être heureux.

Car hors service décrit aussi le quotidien dans un pays scandinave, avec des côtés relativement effrayant notamment dans le collèg, où oeuvre le personnage principal, collège où tout est négocié en permanence. Un monde où les normes sociales semblent lourdes. Eva Lena est une cousine scandinave des desesperate houseviwes.
Gaia 21 euros

dimanche 6 février 2011

La blessure la vraie, François Bégaudeau, Verticales


Brûler celui qu'on a aimé.. vieille manie. Bégaudeau qui a été loué quand il publiait hors les murs chez verticales s'est vu de plus en plus critiqué à mesure qu'il a eu du succès. Comme si le talent baissait inversement à la renommée. Tant pis pour les mauvais couchers. Si la chasse au bégaudeau est ouverte, ma bibliothèque restera un espace protégé pour cette espèce menacée, aussi longtemps qu'il écrira des livres aussi bon que la blessure la vraie.
Nous sommes en 1986, le narrateur part en vacances avec ses parents, et a décidé de perdre son pucelage comme on disait encore à cette époque. Sur place, il retrouve ces amis d'enfance(du tombeur professionnel au gentil garçon qui mourra, en passant par le looser magnifique et un idiot du village) et découvre les jeux de l'amour et du hasard perdu entre plusieurs jeunes filles, qu'il voudrait toutes séduire.. Qui trop embrasse, reste puceau, tel pourrait être la morale de cette version littéraire de la boum 2. Mais il n'en est rien car le narrateur est communiste et bégaudeau a de l'humour et de la fantaisie, cette qualité si mal vu en France où il faut être pesant si on veut être pris au sérieux.
"j'ai commencé les pensées de Pascal, je suis communiste et je rougis quand une fille dit jouir" résume assez bien le narrateur, sérieux trop sérieux, avec toute le sérieux dont on n'est capable qu'à l'adolescence, et sa timidité.
Plus métaphysique aussi mais toujours aussi inspiré : "on pleure d'être mortel et on vit comme un immortel, comme un petit bourge pourri gâté d'immortel qui pète plus haut que ses pauvres soixante années vouées à s'écouler dans l'indifférence générale jusqu'à l'égoût d'un cimetière sans croix".
Car le rire ici n'est pas que divertissement, comme aurait dit Pascal que lit le héros. Il est, comme chez Gombrowicz, une réponse métaphysique à l'absurdité du monde et de la vie. Comme le martèle la mère Baquet à travers ses sentences et anecdotes. Le paysage des vacances est aussi un champ de bataille : là une morte parce qu'elle ne pouvait plus revoir son amoureux, ailleurs un homme pendu par désespoir.. mais toujours avec le sourire.
Il y a aussi le personnage du personnage du cinéaste parisien, chez lequel le jeune narrateur passe un dîner d'anthologie, ses hôtes ivres délirant sur le réel.
Ce pourrait n'être qu'un roman générationnel. Mais Bégaudeau est malin (trop peut-être??) pour faire un roman nostalgique. S'il cite les accessoires et éléments de décor qui feront réagir ceux qui ont connu les années 80, il ne tombe pas dans ce biais de l'époque, l'auteur commentant ici ou là l'éphémère de telle ou telle mode.
Et pour lever l'ambiguité, il s'offre à la fin un départ dans l'imaginaire, dans une sorte de polar fantastique et fantaisiste.. jusqu'à la fin qui n'en est pas vraiment une.

Ps : j'ai oublié un point. la jeunesse, l'adolescence, c'est la vitesse l'impatience. Le style de l'écriture rend cela très bien. C'est à ce jour le livre où j'ai le mieux ressenti cette impatience essentielle

La vie privée de Mr Sim Jonathan Coe, Gallimard


Actuellement en promo dans la presse française, Jonathan coe explique partout que non ce ne livre là n'a pas la même veine que Testament à l'anglaise et que la critique britannique le lui reproche (ce qui d'ailleurs est très amusant car en France les "artistes" couinent toujours qu'ici on nous met dans des cases contrairement aux pays anglo saxons, l'Angeterre ne doit donc pas être un pays anglo saxon) et bien je dois être un critique anglo saxon car il est certain que cette vie très privée de Mr Sim pour réussie qu'elle soit n'est pas aussi forte que ledit Testament à l'anglaise, tout en étant un excellent roman.
Soit un homme moyen et conscient de l'être, pas très chanceux (le genre qui, voulant nouer des relations avec son voisin de siège d'avion, se retrouve à voyager à côté d'un cadavre) ,Mr Sim comme la carte l'humoriste, en dépression après le départ de sa femme et de sa fille qui, sur les conseils d'un vieil ami, décide de participer à une opération publicitaire pour des brosses à dents bio. Mr Sim pour cela devra traverser l'Angleterre et rejoindre l'Ecosse. Sauf que le roman de Coe est plus que ce résumé de l'action principale. Avec un art de la construction toujours aussi grand, Coe bâtit un roman qui mêle monde moderne, quête de la gloire et drame familial. Comme dans les meilleurs Almodovar, le récit principal l'épopée de Mister Sim qui se retrouvera bientôt avec pour seule compagne la voix de son GPS (une sorte de comble de la solitude) progresse grâce à des récits annexes (comme le film dans les derniers films d'almodovar, là ce sera une composition d'une étudiante, les mémoires de son père et le récit d'un aventurier des années 60 qui avait décidé de tromper tout le monde plutôt que d'affronter la vérité, quitte à en mourir.
Le récit de Coe brasse tous ces thèmes tout en racontant une histoire linéaire avec ce qu'il faut de suspense pour donner envie de tourner la page.. Parabole sur l'ultramoderne solitude comme chantait Souchon, la vie très privée de Mr Sim n'oublie pas l'humour de Jonathan Coe, qui rend tout plus léger. Rien n'y est vraiment tragique, au contraire.
Roman du temps qui passe, il montre avec subtilité que tout change et rien ne change non plus. Tout change, car c'est aussi une promenade nostalgique dans l'angleterre d'aujourd'hui. Les traces d'hier ont disparu, mais gardons nous d'être trop vite nostalgique, nous dit l'auteur. Après tout, le père du "héros" s'est en partie ruiné après des paris hippiques qui ont des airs de subprimes d'avant les marchés financiers. La quête de martingale est aussi vieille que la banqueroute. Mieux, le temps qui passe est l'occasion de se trouver et de se comprendre, pour peu qu'on entreprenne un voyage initiatique, comme ce Mr Sim qui, quand il ne rejoint pas le point le plus au nord du Royaume-uni, part retrouver son père en Australie. Voyage voyage qui peu à peu change le héros.. jusqu'à cette scène à 400 pages d'écart. Le héros se retrouve dans un restaurant australien a admiré la complicité liant une mère et sa fille.. sauf qu'entre ces deux scènes, du temps a passé. On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. Pas plus que deux livres de jonathan Coe, ne se ressemblent...

dimanche 16 janvier 2011

L'Hystéricon Christophe Bigot Gallimard

Un très bon divertissement qui m'a fait penser à Benaquista, notamment son roman où deux personnages échangeaient leur vie.

Le roman est un dispositif comme on dit dans l'art contemporain, ou un concept comme on dit dans la téléréalité.
Dix étudiants sont coincés dans une maison de famille d'un des personnages. ils ne se connaissent pas très bien, devaient rester le temps des vacances, mais une grève générale coince les 10 plus longtemps que prévu. Jason, le petit fils de la propriétaire de la maison, un intello sensible qui a des lettres, pour occuper la vacuité de ses hôtes décide que chaque soir l'on se racontera une histoire, comme on le faisait du temps de Marguerite de Navarre.
Aller retour entre la fiction et la réalité, chacun raconte une histoire pour essayer, qui de séduire, qui de reconquérir un amour perdu.. Le reste du temps, c'est marivaudage des enfants du Loft.

La mauvaise habitude d'être soi de Martin Page et Quentin Faucompré Editions de l'Olivier

POur la deuxième année consécutive, je commence l'année avec un texte de Martin Page. après la disparition de Paris et sa renaissance à Paris l'an dernier, voici La mauvaise habitude d'être soi, un recueil de nouvelles, ayant toutes des titres aussi délicieux que celui là. Si martin Page a un génie, c'est bien celui des titres. Juste un exemple : une des nouvelles s'appelle "le monde est une tentative de meurtre". Hermétique dit comme ça, sauf qu'une fois la nouvelle lue, le titre s'impose comme une évidence. c'est la façon de martin page, cette façon de créer du mystère, de décaler un totu petit peu la logique de notre monde pour entrer dans une autre dimension, qui finalement nous parle surtout du monde où nous vivons. "Les gens ne supportent pas que l'on vive différemment, surtout si l'on s'offre qu'ils s'interdisent" écrit un des personnages qui prend la décision de vivre à l'intérieur de lui même, littéralement.
Comme dans la disparition de Paris... tout est vraisemblable dans ce roman (le cadre, les personnages, tout est très proche de nous) à un petit truc qui cloche.. Ainsi dans la première nouvelle, un policier sonne à la porte du narrateur pour lui révéler qu'il vient d'être victime d'un meurtre, en un mot qu'il est mort. Et le policier de deviser avec la victime.. étonnant non ?
Dans une autre nouvelle, peut être la plus cruelle, un homme découvre un jour qu'il n'est pas un homo sapiens comme les autres, mais qu'il appartient à une autre espèce animale.. et le voilà classé et protégé. une singularité qui devient un enfer, les sauveteurs de l'espèce animale étant peut être les pires de tous. Dans une autre nouvelle, c'est une ville qui voit tous les animaux fuir les uns après les autres. dans un autre texte, un homme passe une sorte d'entretien d'embauche pour devenir coupable, employant tous les moyens pour convaincre le juge qu'il doit être coupable.
Chez Page, l'enfer c'est d'abord d'être soi même, semble nous dire Martin Page au fil de ces nouvelles très réussies, la forme courte est particulièrement maîtrisée, notamment les chutes inattendues et singulières, rajoutant encore du mystère.
Les dessins de Quentin Faucompré illustrent merveilleusement bien le texte, apportant une pointe de singularité avec une ligne claire étrangement familière.

Les trois saisons de la rage Victor Cohen Hadria Albin Michel

voilà un excellent roman que je n'aurai pas lu sans le conseil d'un libraire où il m'arrive d'aller.
pour tout dire l'histoire d'un médecin de campagne dans la normandie du 19e sicèle n'a vraiment rien pour me passionner.. sauf que l'auteur a su écrire un roman historique très moderne, loin du côté reconstitution précieuse qui m'éloigne souvent de ce genre de romans.
Première réussite : le roman raconte plusieurs histoires à la fois, tout en constituant un tout très réussi. A commencer par le prologue et l'épilogue, soit l'histoire de la fille du héros qui découvre les deux autres parties qui constituent le roman. En une vingtaine de pages, il fait exister un personnage et éclaire le reste du récit. très bien réussi.
Second récit : la correspondance du docteur Le Coeur (!!) et du médecin militaire Rochambaut. Ce dernier compte parmi les recrues un jeune homme Brutus qui vient du canton où Le Coeur exerce son art... Brutus étant analphabète demande au médecin millitaire d'écrire à sa place à sa famille en passant par Le Coeur qui servira d'intermédiaire. S'en suit une histoire digne de Maupassant, terriblement glaque mais raconté sans pathos. L'auteur en profite pour tisser un début d'histoire entre les deux médecins qui s'éclaire dans la troisième partie : qui est le journal d'un médecin de campagne le docteur le coeur, humaniste et progressiste-l'auteur montre très bien ce qu'était ce 19e siècle positiviste et scientiste. Le Coeur court donc la campagne soigne les corps, écoute les âmes et panse les paies. les femmes meurent en couche, les hommes meurent parfois des malédictions des sorciers, en tout cas les prennent sufisamement au sérieux pour craindre d'en périr...
Le roman est d'abord celui de la Raison de Le coeur, qui consigne dans son journal non seulement la vie du canton, mais aussi et surtout ses amours et ses espoirs, ses théories sur la sexualité bridée qui donnerait la rage (celle que pasteur a soigné avec un vaccin)... car si on pense on baise beaucoup aussi dans ce roman, fait de chair. comme le médecin qui soigne les corps avec son cerveau. Le Coeur est un peu le représentant du lecteur. il observe et cherche à comprendre.
Enfin, il y a le style de l'auteur, qui rend tout cela très vivant et incarné : c'est plus qu'un livre, c'est une machine à remonter le temps.

Divines amours de Michael Bracewell

Pauvre Bracewell, Jonhattan Coe est sur le même créneau que lui et il y réussit tellement mieux, ne pouvais je m'empêcher en lisant ce très agréables divines amours. c'est sûrement injuste. on est en présence d'un livre à moitié réussi ou raté selon qu'on est ou pas optimiste (ou pessimiste, on écrit pessimiste ou optimiste justement en fonction de ce qu'on est ou pas soi même). Les livres moyens sont peut être les plus intéressants car on cherche ce qui leur manque, le petit plus qu'il leur faudrait pour emporter une adhésion plus entière.
Ce n'est pas une question de propos : celui là est plutôt décapant et original. Là où tous les romans nous laissent souvent croire que le mariage vient couronner une belle histoire d'amour, ici le mariage final est comme la consécration de tous les ratages affectifs des personnages. Soit le parfait Miles Harrier, un gars de la haute, pas vraiment à son aise dans le monde des sentiments, et qui oscille entre un trio féminin : Kelly l'artiste conceptuelle juste dérangé comme il faut, Lucinda, la fille moderne comme il faut et Stellin l'icône mannequin.. Ce que je viens de faire est un signe, tentant de résumer le livre, j'en oublie le pendant gay. car Bracewell a voulu montrer que le couple, gay ou hétéro, est sans issue. C'est peut être ça qui ne marche pas dans le livre. Autant chaque partie en soi est intéressante (l'hétéro est plus réussie, notamment grâce à ce personnage de Miles ou à un événement que je ne raconterai pas, mais qui a un effet certain sur le trio de femmes) l'imbrication des deux histoires n'est pas très intéressante. On regrette à la lecture que Bracewell n'est pas fait plutôt un diptyque, ou écrit un roman en deux parties.
Côté style, c'est très humour anglais, comme ça a tendance à m'énerver, la manie du bon mot toutes les trois lignes mais l'air de ne pas y toucher.. le côté oscar wilde, trois mots de soi disant esprit au paragraphe n'est pas ce que je préfère en littérature.. Le roman se passant à la fin des années 70 au début des années 80 la reconstitution est réussie. Reste deux mystères :
1 pourquoi l'auteur est obsédé par les sacs en plastique. a le lire on a l'impression qu'à londres tout le monde avait un sac à plastique à la main
2 pourquoi je n'arrive pas à dire plus nettement pourquoi malgré tout ce que je viens d'écrire, il y a quelque chose que j'aime beaucoup dans ce livre ?